L'exposition artistique de printemps a mis à l'honneur les oeuvres de Jackye Soloy-Guiet

L'exposition artistique "30 ans de sulptures" de l'artiste Jackye Soloy-Guiet a ouvert ses portes le 16 mars (2012). Direction la salle des fêtes du Mesnil-Esnard pour assister au vernissage.

Dès notre entrée dans la salle des fêtes, nous sommes agréablement surpris par les 112 oeuvres exposées qui démontrent tout le talent de Jackye Soloy-Guiet.

Cette artiste plasticienne, habitante de Saint-Etienne du Rouvray, a débuté à l'âge de 27 ans sa carrière artistique en 1970. Sa première oeuvre : un collage à partir de photos découpées dans des magazines. Influencée par l'espagnol Grau Garriga, elle se lancera par la suite dans la tapisserie et le tissage. Jackye emploie divers matériaux (papiers de soie, tissus, fils...) qu'elle colle et détourne.

Plus de 40 ans de carrière artisitique sont exposés à la salle des fêtes. L'occasion de mesurer toute la richesse de ses créations à l'âme féminine.

"Ces bleus, ces blancs, ces rouges vous interpellent dès votre entrée dans la salle des fêtes. Chacune de ces couleurs qui a un sens pour l'artiste, sont le fruit d'un travail intérieur riche. Merci à Mme Soloy de nous avoir permis d'ouvrir les yeux sur autre chose... quelque chose qui sent l'humain, qui sent la passion", s'est exclamé Serge Cramoisan, maire du Mesnil-Esnard.

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PAIX 2004

Les évènements du quotidien orientent les thèmes de ma création, et mon combat pour la paix, toujours omniprésent, s’accompagne en même temps d’un sentiment de révolte car les êtres humains sont toujours bafoués, abandonnés, violés, tués.

 

« Terre des Peuples », toujours d’actualité, représente mon aspiration quotidienne à ce que chaque individu puisse vivre décemment sur cette planète, le bleu étant l’immensité du Monde avec l’empreinte des existences humaines.

Jackye Soloy-Guiet

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UN FREMISSEMENT INTERIEUR MYSTERIEUX

Le travail de création de Jackye Soloy-Guiet est lié à sa vie de militante de la culture.

 

Pendant de nombreuses années, Jackye communique ses connaissances artistiques, animant l’atelier de Tapisserie à Saint Etienne du Rouvray, intervenant avec les enfants des écoles, organisant des expositions sur le thème du textile. Elle s’investit très vite dans l’organisation de l’Union des Arts Plastiques, tout en construisant une œuvre profonde et riche.

 

Dès ses premiers travaux, Jackye trouve à la fois, une technique d’utilisation de matériaux divers qu’elle va développer en l’enrichissant au fil des années, et le sujet dominant de toute sa création : la femme dans sa vie et son histoire.

 

Pour ses collages, présentés en 1971 à l’exposition de l’Union des Arts Plastiques de Saint Etienne du Rouvray, Jackye choisit des photos extraites de magazines de mode, des fragments de robes dont elle élimine toute figuration pour ne garder que le matériau brut du tissu, construisant avec ces éléments des formes abstraites tourbillonnantes aux harmonies délicates et sensuelles. Parfois, elle intervient à la peinture sur le collage pour créer des petits signes en forme de dentelles. Jackye abandonne ensuite ce travail de collage et sa transposition à la gouache pour une recherche picturale plus complexe, appropriée à son désir d’expression.

 

Elle va alors entreprendre l’étude de la gravure aux cours d’Arts plastiques de l’Université de Vincennes et de Saint Denis.Les formes complexes de ses gravures sont comme des éléments anatomiques d’animaux marins dont elle étudie la vie sexuelle en bibliothèque ; les titres en précisent le sens : « Nœud mollusqué », « Lamellibranche », « Génitalis »… Jackye utilise toutes les techniques de la gravure : eau forte, aquatinte, pointe sèche…Son travail sur la plaque de cuivre est dominé par une multitude de lignes courbes plus ou moins épaisses qui présagent de l’utilisation des coutures et des nœuds dans les œuvres à venir.

 

Parallèlement et depuis 1975, Jackye Soloy-Guiet est responsable de l’atelier « Tissage et Tapisserie » de Saint Etienne du Rouvray, puis présidente de l’association Filigranes (Promotion des Arts textiles en Haute Normandie), en 1984. Elle découvre la tapisserie contemporaine à l’exposition « Espace tissé » organisée pour le treizième Festival Culturel de Saint Etienne du Rouvray où sont présentés pour la première fois dans la région les volumes de laine et autres textiles de la yougoslave Jagoda Buic, la polonaise Sirpa Yarmolinsky et l’espagnol Grau Garriga dont le travail va l’impressionner fortement. Elle introduit alors des matériaux divers, cordes, fils, papiers, plastiques dans ses tapisseries. L’exposition de sculptures blanches de Krasno présentée par l’Union des Arts Plastiques, la convainc de garder le blanc sous toutes ses nuances comme couleur unique. Son travail va alors être dynamisé. Jackye crée beaucoup pendant cette période, allant de petits formats suspendus dans des boîtes, à des sculptures de grandes dimensions. Les œuvres, nombreuses, sont capitales dans sa trajectoire créatrice, enrichissant sa technique et lui apportant la force de toujours se dépasser. Elle utilise des matériaux blancs très divers, papier de soie, tissus, fils brillants ou de coton mat, papiers avec empreintes qui captent différemment la lumière et donnent une vie supplémentaire aux formes. Les tissus et papiers sont froissés, lissés, cousus, lacés, ficelés, ils deviennent des « cocons » dont les formes évoquent celles de ses gravures, sorte de sexes féminins, des « coiffes » qui évoluent vers des visages effacés par les laçages et les voiles, corps de femmes disparaissant sous les tissus… Jackye, ici, s’exprime en féministe scandalisée par les rejets, les souffrances, les violences faites à ses semblables dans le monde ; les titres confirment cette lecture : « Mémoire en Orient », « Effigie », A Camille », « Vénus de Nok », « Africa »… et cet émouvant « Hommage à Dulcie September », militante sud-africaine, représentante de l’A.N.C. en France, assassinée à Paris, forme posée au sol comme un gisant qui incite au recueillement et à la révolte.

 

Parallèlement au travail « blanc », Jackye réalise des dessins de nus et des petits papiers froissés colorés au brou de noix avec quelquefois une surface bleue, ce bleu qu’elle prépare à partir de pigments et de médium et qui pénètre petit à petit les collages des « enveloppes » puis recouvre les « boîtes » en carton préalablement lacérées, déchirées, fendues…Ainsi commence une nouvelle période de création. La femme est moins présente que précédemment laissant place à des recherches qui se développent dans l’espace : totems, branches taillées, lissées, soutenant des éléments rectangulaires, sculptures dépliées en paravents, posées comme stèles ou en équilibre instable.

 

Le blanc était la couleur naturelle des éléments employés, le bleu est maintenant utilisé sous forme de peinture venant uniformiser les différents matériaux collés, les mêmes pour la plupart que ceux de la période précédente mais détournés de leur sens originel. Ce sont des tissus, des cordes, des papiers dont le bleu fait vivre la moindre aspérité, donnant ainsi à la sculpture un frémissement intérieur mystérieux. Sur les hauts-reliefs, les portes, les triptyques…grattages et signes divers fonctionnent comme autant d’ « Ecritures » secrètes, mémoires enfouies dans les strates de la peinture.

 

Dans les œuvres plus récentes, des plages jaunes, rouges ou violettes viennent perturber l’ensemble, introduisant des sortes de fermetures, portes ou volets derrière lesquels l’œil aimerait s’introduire. Jackye continue à nous surprendre par de nouvelles recherches, poussant toujours plus loin l’investigation de matériaux très différents de ceux employés traditionnellement par les sculpteurs.

 

Ainsi se constitue une œuvre très personnelle, puissante, riche, secrète, qui nous impose une longue réflexion à la fois sur le processus de la création et sur sa signification.

 

GERARD GOSSELIN

 

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VOYAGE

Voile blanc

Persienne de dentelles ouverte sur la pénombre d’un secret

Bruits de langues roulant sur les mots et le tissu mariant l’empreinte du baiser

Il s’empourpre sur les lèvres répétées qui froissent son éveil

Et sous le souffle ténu tombe le masque des bals qui s’y donnent

Métamorphose d’un futur

Claude Soloy

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2013

EXPO ESPACE  38 rue de Fontenelle Rouen

Depuis 1970, le papier et le textile sont omniprésents dans mes œuvres, ils symbolisent l’être humain, et plus particulièrement la femme, dans les sculptures ou bas-reliefs rouges présentés dans cette exposition.

Expressions, attitudes, mouvements, comme une ode à la femme dans son unicité, et aux femmes dans leurs luttes pour le respect de leurs libertés…

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